Je joue : à "Où est charlie?", apparemment
Je cite : "la vie est si largement contrôlée par le hasard que sa conduite ne peut être autre chose qu’une improvisation perpétuelle" Somerset Maugham
Je pense : que c'est une bonne réponse
Je rêve : jamais et trop
(mis à jour samedi 16 août 2008 à 14:26)

24/07/2008

24/07/08 - 02:54

TV On The Barreaumètre : Cuizicuiz edition (part II)

5 Mary-Louise Parker (Etats-Unis, 44 ans)


Vue dans : Weeds saison 3, L’asssinat de Jesse James par le lâche Robert Ford, Les Chroniques de Spiderwick
Actuellement dans : Weeds saison 4

Ca craint un peu ce que je vais dire là mais à mes yeux, Mary-Louise est le prototype parfait de la MILF - comprendre « Mother I’d Like to Fuck », ce qui est marrant est que l’équivalent linguistique masculin n’existe pas vraiment, peut-être parce que ça donnerait FILF et qu’on pourrait avoir tendance à confondre avec « filth ». Une autre bizarrerie est que le personnage de Nancy Botwin, depuis la saison 3, inspire de plus en plus d’antipathie et moins de compassion au fur et à mesure que les scénaristes de continuent de s’embourber et ont de plus en plus mal à faire évoluer le concept au potentiel original mais semble-t-il quelque limité de la mère de famille feignasse qui préfère dealer de la beu plutôt que de poser son cul toute la journée devant la caisse du Monoprix. Leur défi semble être de surcroît augmenté par la réussite bien plus patente (et ce en seulement sept épisodes) du nouveau petit bijou d’AMC, Breaking Bad, sur un père de famille, interprété avec une force et une délicatesse qui laissent pantois par l’excellent Bryan Cranston (le papa de Malcolm), qui décide de s’adonner au trafic de méthamphétamine en apprenant qu’il est atteint d’un cancer du poumon. Mais il n’y a pas que ça, pour qui l’aurait par exemple repéré et appris à l’apprécier dans The West Wing ou Angels In America, on ne peut guère lui attribuer une étonnante faculté caméléonesque. Elle exploite surtout son grand atout : des yeux noirs très intenses (qu’elle se contente pour la plupart du temps d’écarquiller) qui mettent en valeur un visage à la fois très maternel et plus juvénile à chaque année qui passe (qui sert parfaitement sa composition de mère courageuse mais assez irresponsable, peu pédagogue, oscillant constamment entre la classe à la Dallas et une vulgarité qui ne cherche pas à se farder). Malgré toutes ces réserves, elle reste à mes yeux une excellente comédienne et une très belle femme, mais du coup je ne suis pas étonné que le grand public commence seulement à la reconnaître passée la quarantaine, et rien ne dit que ce ne sera pas synonyme d’une belle carrière à venir, justement parce qu’elle passe ce cap sensé être fatidique à l’actrice hollywoodienne avec une évidence et une aisance assez rares. Et puis bon, si je peux trouver stimulants des personnages masculins parce que paradoxalement ce sont de Gros Connards, pas vraiment étonnant que le charme de la comédienne continue à faire son petit effet sur ma personne.

4 January Jones (Etats-Unis, 30 ans)


Vue dans : Mad Men saison 1, Law & Order saison 18
Prochainement dans: Mad Men saison 2, The Boat That Rocked de Richard Curtis (Quatre mariages et un enterrement) avec Philip Seymour Hoffman, Rhys Ifans, Jack Davenport, Gemma Aterton, Bill Nighy et Kenneth Branagh.

C’est cool car j’ai pas trop besoin de travailler sa présentation, son personnage le fait de lui-même dans un épisode de la saison 1 de Mad Men . Betty Draper, femme au foyer pour le coup vraiment désespérée, se voit approcher par une accointance de son mari qui lui propose un emploi de mannequin, carrière qu’elle avait commencé à embrasser et qui lui permit de rencontrer son mari Don avant de se conformer à l’idée qu’on se faisait d’une femme bien comme il faut à l’époque – rappelons que le drame se situe dans des années soixante encore marquées par la rigidité du maccarthysme dont elles ne parviendront à s’émanciper que vers la fin de la décennie. D’abord intimidée, elle lance avec une fierté hésitante qu’en effet, à l’époque de ses débuts, on la comparait beaucoup à Grace Kelly. La référence à l’incarnation de la beauté hitchcockienne tombe tout à coup sous le sens : frigide, belle et proprement ripolinée comme la pub vintage pour coca-cola qu’on lui offre de personnifier, elle semble dissimuler sous des atours (trop) parfaits une fragilité, une certaine fêlure – à laquelle elle tente avec difficulté de faire face allongée sur le divan d’un psy, et un feu potentiellement prêt à se consumer à chaque instant. Mad Men mérite amplement le concert de louanges dont il est l’objet, mais un des traits qui m’a particulièrement marqué est l’acuité – et hélas la troublante pérennité - de ses archétypes féminins : de Joan, la secrétaire aux formes plantureuses qui occupe une place propice à flatter l’égo et l’éternelle peur d’émasculation des hommes tout étant parfaitement consciente de son jeu, à Peggy, la nouvelle petite secrétaire qui rêve au contraire d’horizons plus vastes mais elle aussi tout à fait lucide sur la discrétion nécessaire à adopter sur le rapport distance/proximité à observer avec ses collègues mâles, en passant par Rachel et Betty, toutes les femmes de la série ont quelque chose d’éloquent à dire sur leur époque et à faire miroiter sur la nôtre. C’est sûr qu’on ne pourra pas demander autant aux mégères égomaniaques de Wisteria Lane ni même aux féministes en talons de Manhattan – qui ont bien déchu en deux mois de feu leurs statuts iconiques. Ainsi, pour avoir porté un des plus beaux et touchants personnages féminins de la saison, la jolie blonde peut enfin être vue pour autre chose que l’ex d’Ashton Kutcher et remporte à coup sûr le titre convoité d’une des révélations de cette saison.


3 Amanda Seyfried (Etats-Unis, 22 ans)

Vue dans : Big Love saison 2
Prochainement dans : Mamma Mia ! avec Meryl Streep et Pierce Brosnan, Boogie Woogie avec Gillian Anderson, Stellan Skarsgård, Heather Graham, Christopher Lee, Charlotte Rampling et Joanna Lumley, Jennifer’s Body (d’après un scénario de Diablo « Juno » Cody) avec Megan Fox et Adam Brody, Big Love saison 3

Là encore, on affaire à un cas inattendu de féminisme télévisuel.Si Big Love était moyennement parvenu à enthousiasmer dans sa première saison, la seconde était la bonne. Si on pouvait être relativement rétif à suivre une production signée Tom Hanks, on avait en revanche du mal à ne pas être séduit par les attraits d’un casting presque sans-faute : Jeanne Tripplehorn, Chloe Sevigny, Ginnifer Goodwin, Harry Dean Stanton, Grace Zabriskie, Melora Walters, Tina Majorino... Seulement voilà, la série a la tâche ardue de s’articuler d’abord autour de Bill Henrickson, interprété par le décidemment livide Bill Paxton qui rame comme pas deux pour inspirer un tant soit peu d’empathie pour son personnage. Heureusement, dès que le scénario dévie et se concentre sur sa « petite » famille, ça passe beaucoup et de mieux en mieux. En général, au cinéma comme à la télé, les mormons sont gays pour favoriser l’appréhension pittoresque que tout autochtone peut attendre d’un point de vue sur cette communauté – pas toujours, évidemment, il peut être « black » comme dans la dernière saison de House, mais ça reste quand même assez rare. Il y en a bien un qui l’est très probablement mais il est clairement refoulé et par-là ô combien dangereux. En contre-partie, les mormones, elles, même tirées à quatre épingles ou en se trimballant constamment en short C&A, sont étrangement canons. Les épouses de Bill ressemblent ainsi à :

Barb, la première, épanouie, intelligente, suffisamment à l’écoute de son mari pour concevoir le concept de la polygamie mais dotée d’une assurance qui lui permet d’imposer ses choix et ses limites,

Nicky, la deuxième, taillée dans le moule de la tradition mormone avec sa grosse natte, ses chevilles et avant-bras jamais dénudés et son rigorisme moral ,

Margene, la troisième, la femme-enfant mignonne comme une pêche tout juste tombée d’un verger, à la fois naïve, spontanée mais assez affirmative pour ne pas accepter d’être considérée comme cinquième roue du carrosse.

Il y a encore d’autres excellents personnages féminins, comme la truculente grand-mère campée par la géniale Grace Zabriskie, ou encore la « manipulative bitch » par Daveigh Chase – la petite sœur de Donnie Darko, rappelez-vous – mais celle qui a vraiment capté mon attention est Sarah, la fille de Barb et Bill interprétée par Amanda. Sarah représente la partie médiane de cette famille sur-composée et le miroir de ses contradictions. La jeune adolescente ne dénonce ou ne fustige pas les choix de ses parents, mais ne s’en trouve pas moins complètement chamboulée intérieurement par le conflit perpétuel qui oppose la nécessité de préserver la façade extérieure de sa famille, conforme aux usages d’une société rétive à l’altérité, et le besoin tacite de suivre son propre chemin sans avoir à subir les choix édictés par son père. Amanda trouve à ce jour son plus beau rôle, qui lui permet d’illustrer l’amertume tue de sa situation et pourtant constamment visible sous ses grands yeux bleus empesés par un voile mélancolique, sous le ton de sa voix sur le fil constant de la fébrilité et son regard tait et fait entendre à la fois une autre voix. Grâce à ce rôle, Amanda vient de dépasser toutes ses concurrentes/partenaires de Mean Girls et Veronica Mars. Alors que Kristen Bell s’auto-parodie dans un décevant festival de super-héros, que Lindsay Lohan est… Lindsay Lohan et que Rachel McAdams continue à n'inspirer rien d’autre qu’un ennui poli – chez moi en tout cas – en quelques mois, Amanda partage la tête d’affiche d’une comédie musicale qui cartonne aux côtés de Meryl Streep, « cachetonne » auprès d’une bonne partie de la fine fleur des acteurs anglais, et tient l’un des premiers rôles d’un film signé par une scénariste fraîchement oscarisée. Ca aurait du m’étonner, mais finalement pas tant que ça. Jeunesse, talent et beauté, c’est un cocktail finalement pas si fréquent pour se faire apprécier.


2 Kaya Scodelario (Royaume-Uni, 16 ans)

Vue dans : Skins saison 2
Prochainement dans : Skins saison 3, et Moon avec Sam Rockwell et Matt Berry (The I.T Crowd)

Après la MILF, voilà donc le “jail bait” de la saison télévisuelle. Un peu comme Amanda Seyfried, cette jeune anglaise d’origine brésilienne a fait d’un challenge l’un des principaux atouts de son attrait. Dans cette fusion entre un Hartley, cœurs à vif déluré et un essai à la Larry Clark plus innocent, le personnage d’Effy devait compenser une grève tacite de la parole par un jeu de regard suffisamment expressif pour capter l’attention du spectateur, et la jeune actrice a relevé le défi avec beaucoup d’éloquence et une grâce de l’ingénue mêlée à la maturité précoce de son personnage. Qu’elle se réclame d’une certaine punk attitude (drugs, rock’n’roll mais pas sex non plus, enfin pas encore, faut pas abuser), qu’elle dissimule sous son silence une étonnante lucidité ou qu’elle apparaisse tous les quarante épisodes, elle n’en est pas moins devenue très rapidement une des valeurs sûres de la série. Il n’est pas vraiment après coup que de la table rase commandée par les créateurs de la série pour sa troisième saison, elle demeure la seule rescapée du casting original. Après tout, même si on est contraint de dire adieu à tous les autres, je n’étais pas personnellement pas encore prêt à me passer de mon magnifique regard bleu perçant , de sa démarche désinvolte mais très élégante à la fois et, voire surtout, de sa façon d’asséner des « wanker ! » à son frère avec son ô si délicieux accent.


1 Rose Byrne (Australie, 29 ans)

Vue dans : Damages saison 1
Prochainement dans : Knowing d’Alex Proyas (Dark City) avec Nicolas Cage et Damages saison 2

On est bien peu de chose, et mon amie la rose me l’a rappelée en treize épisodes. Treize épisodes au cours desquels j’ai pu assister à l’évolution de personnage la plus troublante, la plus subtile et la plus convaincante de toute la saison. Je lâche le mot « amie » car tout admirateur de Rose Byrne a eu l’impression pour la première fois de découvrir avant les autres l’éclosion de cette fleur. Cela a pu advenir dans Troy où, face à la joliesse quelque peu fade l’ex-mme Guillaume Canet et le corps huilé et bodybuildé de Brad Pitt, ses quelques scènes lui ont suffi pour se distinguer d’ un ensemble pourtant pas vraiment bon marché, Eric Bana, Brendan Gleeson et Brian Cox inclus, le véritable centre d’attraction demeurait dans son ses yeux de olf. Ca a pu remonter à loin – comme pour ma part dans sa composition d’aveugle dans The Goddess of 1967, être devant 28 semaines plus tard, son caméo dans Marie-Antoinette ou Wicker Park le remake américain de L’Appartement où elle partageait l’affiche avec Diane Krüger ( la meuf qui se fait du mal un peu) et Josh Hartnett . Vous me direz, face à ces deux endives, ça n’était pas trop dur. Par contre, là où elle avait fort à faire, c’est tenir tête à Glenn Close pour finir, cerise sur le gâteau, par carrément lui ravir la vedette. Patty Hewes est un personnage taillé à la démesure de Glenn Close, intelligent, frondeur, manipulateur et un poil machiavélique qu’évidemment l’actrice pourrait interpréter à la perfection dans son sommeil. C’est là où l’intelligence de Todd Kessler, ancien scénariste des Sopranos, a été de choisir pour à ses côtés une actrice pas forcément aussi évidente, mais qui en a suffisamment dans le froc pour ne pas se sentir d’afficher ses atouts sur sa face et sa plastique comme la bimbo du jour à Hollywood, et suffisamment de talent pour qu’on n’ait pas à s’emmerder dès que Mme de Merteuil quitte l’écran. L’écriture et la construction dramatique de la première saison de Damages posaient d’emblée le défi que la comédienne avait à relever avec ce rôle. Courant ensanglantée dans la rue, elle se réfugie dans un poste de police où, après des heures d’un mutisme stratégique, elle confesse avoir tué un homme. La saison parcoure à rebours le fil de cette intrigue en l’entrecoupant par le récit des premiers pas dans sa carrière d’avocate. D'abord, on se dit que l’actrice est bien trop douce et fragile pour convaincre dans cette trempette parmi les requins. Puis, au fur et à mesure que l’intrigue avance, se profile la métamorphose progressive du personnage, dont la narration nous rappelle cycliquement qu’une autre femme finira par voir le jour.

Mais si je suis la carrière de Rose Byrne depuis maintenant plusieurs années, ce n’est juste pour la subtilité et l’assurance de son talent de comédienne. La douceur préraphaélite ses traits, de son sourire, son visage harmonieusement si rond dont ressortent les yeux noirs si doux et d’une mélancolie absolument dévastatrice me font liquéfier à chaque fois. Sérieux, je la trouve désarmante. Rose n’a pas juste pour elle ce prénom propice à se faire réciter de la poésie au kilomètre et cette perfection plastique qui aurait pu tout aussi bien émaner du passé que de la promesse d’un futur radieux. Pourtant elle est très belle, oui c’est la plus belle, des fleurs de ce jardin.

commentaires

24/07/08 - 09:33

magnifique, magnifique magnifique article, je vous remercie infiniment d'élever le rang de spectateur à celui de "sériphile" avec réflexions, intelligence, talent et humour... tant de connaissances m'épatent, je file regarder celles que vous avez citées et que je ne connais pas encore, c'est une joie pour moi de vous lire (même si mon bémol sera le coté "contest" et remise de prix) chaque analyse est profonde et rondement menée... go on, Dude...

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